Santé & sécurité
Crises d'angoisses : les 7 erreurs à éviter pour aider
Crises d'angoisses les 7 erreurs à éviter : découvrez comment réagir sans minimiser ni s'affoler et aider vraiment un proche.
Muriel Arnoux8 min de lecture

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Par Muriel Arnoux
Une crise d’angoisse peut donner l’impression qu’un danger immédiat est en cours : coeur qui s’accélère, souffle court, tremblements, vertiges, peur de perdre le contrôle. Ces manifestations sont très éprouvantes, mais l’entourage peut réduire la surcharge en évitant les réactions qui ajoutent de la pression. Au travail comme à la maison, l’objectif n’est pas de faire disparaître l’émotion à tout prix. Il est d’aider la personne à retrouver progressivement des repères et de la sécurité.
Reconnaître une crise d’angoisse sans tirer de conclusion hâtive
Les symptômes d’angoisse peuvent associer palpitations, oppression thoracique, sensation d’étouffement, sueurs, nausées, tremblements, fourmillements ou impression d’irréalité. Ils ne permettent pas, à eux seuls, d’affirmer qu’il s’agit d’une crise d’angoisse. Une première apparition, des symptômes inhabituels, une douleur thoracique importante, un malaise ou une inquiétude médicale doivent conduire à demander un avis adapté. En cas d’urgence ou de doute sérieux, contactez les secours au 15 ou au 112.
Dans l’entreprise, une situation répétée ne doit pas être traitée comme une faiblesse individuelle. Une démarche d’évaluation des facteurs de risques psychosociaux aide à examiner la charge, l’organisation, les conflits ou le manque de soutien qui peuvent aggraver la tension.
Les 7 erreurs à éviter pendant une crise d’angoisse
Ces erreurs sont présentées dans l’ordre où elles peuvent compliquer le plus directement le moment de crise. Elles concernent autant la personne touchée que son entourage. Chaque ajustement vise à diminuer la lutte, préserver l’autonomie et préparer un relais approprié si les épisodes se répètent.
1. Minimiser, nier ou ignorer les premiers signaux
Dire « ce n’est rien » ou demander de se ressaisir peut isoler davantage la personne. Le bon réflexe est de reconnaître que le ressenti est intense, sans dramatiser ni valider une interprétation inquiétante. Une phrase simple comme « je vois que c’est difficile, restons dans un endroit calme » apporte souvent plus qu’une longue explication.
Cette approche est utile pour un collègue, un proche ou un responsable qui veut soutenir sans prendre la place d’un professionnel. Le point d’attention est de ne pas promettre que tout va s’arrêter immédiatement : personne ne maîtrise exactement la durée d’un épisode.
2. S’affoler ou multiplier les consignes
Une réaction paniquée peut amplifier la peur et donner à la personne le sentiment qu’un danger grave est confirmé. Parler vite, appeler plusieurs personnes, poser une succession de questions ou imposer une méthode de relaxation alourdit aussi la situation.
Préférez une présence posée, des phrases courtes et une question à la fois : « Veux-tu t’asseoir ? », « Souhaites-tu que je reste près de toi ? ». Pour l’entourage, le point d’attention consiste à rester disponible sans entourer la personne ni décider à sa place, sauf si sa sécurité immédiate est en jeu.
3. Vouloir contrôler chaque sensation et chaque pensée
L’hypercontrôle entretient souvent la surveillance du corps : vérifier son pouls, analyser chaque souffle ou chercher à chasser instantanément toute pensée anxieuse. Cette mobilisation constante peut rendre les sensations encore plus présentes.
Il est plus utile de choisir un repère simple, par exemple sentir ses pieds au sol, nommer quelques éléments visibles dans la pièce ou se concentrer sur une expiration tranquille. Cette piste convient particulièrement aux personnes qui sentent qu’elles « surveillent » leur corps. Elle ne doit pas devenir une nouvelle obligation de performance.
4. Forcer ou bloquer sa respiration
Une respiration très rapide, retenue volontairement ou exécutée avec une technique trop rigide peut accentuer l’inconfort. L’enjeu n’est pas de réussir un exercice parfait, mais de ralentir doucement le rythme si cela est supportable.
On peut suggérer de poser une main sur le ventre et de laisser l’expiration devenir un peu plus longue que l’inspiration, sans compter si le comptage augmente la tension. Cette proposition aide certaines personnes, mais elle ne doit jamais être imposée. Si le souffle reste très difficile ou inhabituel, un avis médical est préférable.
5. Lutter contre l’angoisse comme contre un adversaire
Se répéter qu’il faut absolument faire cesser la crise peut renforcer la peur de la peur. La lutte demande beaucoup d’énergie et garde l’attention fixée sur ce qui inquiète. Accueillir l’épisode ne signifie pas aimer ce qui arrive ni renoncer à chercher de l’aide.
Il s’agit plutôt de reconnaître : « cette sensation est là maintenant, je peux traverser les prochaines minutes avec un soutien ». Ce changement d’attitude peut être utile aux personnes qui redoutent l’apparition même des symptômes. Le point de vigilance est d’éviter toute injonction du type « accepte et ça passera ».
6. Fuir systématiquement le lieu ou la situation
Quitter un endroit peut être nécessaire pour retrouver du calme ou se mettre en sécurité. En revanche, partir automatiquement dès qu’une sensation apparaît peut renforcer, avec le temps, l’association entre ce lieu et le danger. La fuite devient alors un soulagement immédiat qui réduit la liberté de mouvement.
Après coup, lorsque la personne est apaisée, il peut être utile d’identifier ce qui a déclenché ou aggravé l’épisode et d’en parler avec un professionnel si l’évitement prend de la place. Au travail, un aménagement ponctuel et respectueux peut être préférable à une mise à l’écart durable. Les situations d’épuisement méritent aussi d’être distinguées : les repères pour réagir face à un épuisement professionnel ne remplacent pas l’accompagnement d’une crise aiguë.
7. Croire sans recul la petite voix intérieure
Lors d’une crise, les pensées catastrophiques peuvent sembler totalement certaines : « je vais m’évanouir », « je deviens fou », « je ne vais jamais m’en sortir ». Les contredire brutalement peut déclencher une discussion stérile. Les suivre aveuglément peut, à l’inverse, pousser à des décisions précipitées.
Une réponse plus aidante consiste à distinguer le fait de la pensée : « tu as très peur en ce moment, mais nous pouvons prendre les prochaines minutes une par une ». Ce repère est utile pour l’entourage comme pour la personne concernée. Il convient de consulter si ces pensées sont fréquentes, envahissantes ou associées à des idées de se faire du mal.
Comment aider une personne en crise d’angoisse sans ajouter de pression
Un accompagnement efficace reste sobre. Proposez un espace moins bruyant, invitez la personne à s’asseoir si elle le souhaite, réduisez les sollicitations inutiles et demandez ce dont elle a besoin. Certaines préfèrent qu’on reste silencieusement à côté d’elles, d’autres souhaitent appeler un proche ou rejoindre un lieu plus calme.
- Parlez lentement, avec des phrases concrètes et non jugeantes.
- Demandez avant de toucher, déplacer ou appeler quelqu’un.
- Évitez les débats sur la rationalité de la peur pendant le pic d’angoisse.
- Restez attentif à tout symptôme inhabituel ou signe de détresse nécessitant une aide urgente.
- Après l’épisode, proposez un échange calme sur les suites utiles, sans exiger de récit immédiat.
Pour un manager, aider ne signifie pas recueillir des détails médicaux. Il s’agit de préserver la confidentialité, de chercher un ajustement raisonnable et d’orienter vers les interlocuteurs compétents. Si l’épisode conduit à un arrêt, la gestion administrative doit rester respectueuse : l’employeur peut s’appuyer sur les règles relatives à la vérification des éléments utiles lors d’un arrêt maladie, sans demander d’informations de santé qui ne lui reviennent pas.
Après la crise, préparer un cadre qui limite les récidives difficiles
Une fois la tension retombée, le moment est plus favorable pour identifier les circonstances : surcharge, manque de sommeil, conflit, trajet, réunion, consommation de stimulants, isolement ou événement personnel. Ce bilan ne sert pas à désigner un coupable. Il sert à repérer ce qui peut être ajusté et ce qui justifie un accompagnement médical ou psychologique.
Dans une organisation, un plan simple peut prévoir la personne à prévenir, un espace calme, la possibilité de s’absenter brièvement et les relais internes disponibles. Formaliser les procédures nécessaires évite l’improvisation dans les moments délicats. Une démarche structurée de prévention des risques au travail permet notamment d’intégrer les facteurs collectifs plutôt que de faire porter toute la responsabilité sur un salarié.
Des crises qui se répètent, un évitement croissant ou une inquiétude persistante méritent d’être évoqués avec un professionnel de santé. Cette démarche peut aider à clarifier la situation et à choisir des solutions adaptées. L’entourage peut faciliter la prise de rendez-vous, mais doit respecter le rythme et le consentement de la personne.
Pourquoi ne faut-il pas lutter contre une crise d’angoisse ?
La lutte peut maintenir toute l’attention sur les sensations et renforcer la peur qu’elles provoquent. Chercher un appui calme, accepter de traverser l’instant et se concentrer sur des gestes simples réduit souvent la pression. Cela ne dispense pas de demander un avis médical si les symptômes sont nouveaux, inhabituels ou inquiétants.
Pourquoi éviter de fuir systématiquement les lieux d’une crise d’angoisse ?
Partir peut aider ponctuellement à retrouver du calme, mais une fuite automatique peut faire grandir l’évitement. Avec le temps, la personne risque d’associer de plus en plus de lieux ou de situations au danger. Un accompagnement professionnel peut aider à reprendre confiance progressivement, sans se forcer brutalement.
Comment contrôler sa respiration pendant une crise d’angoisse ?
Il est préférable de viser une respiration souple plutôt qu’un contrôle strict. S’installer confortablement et laisser l’expiration devenir doucement plus longue peut convenir, si cela ne crée pas de gêne. Si l’essoufflement est intense, nouveau ou associé à d’autres symptômes préoccupants, il faut demander une aide médicale.
Faut-il parler d’une crise d’angoisse après qu’elle est passée ?
Oui, si la personne le souhaite et lorsque le moment est apaisé. Cet échange peut aider à identifier les besoins, les facteurs de tension et les soutiens disponibles. Il doit rester respectueux, sans demander de détails intimes ni transformer l’épisode en justification à fournir.
L’auteur
Consultante en prévention des risques professionnels
Je réponds aux questions des lecteurs, surtout sur mon domaine : document unique, risques psychosociaux, accidents du travail.
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